25.05.2008
Considération intempestive sur mai 68
L'organisation de la soirée « Modernités » au Théâtre du Rond-point le 2 juin prochain devrait permettre de s’emparer de l’anniversaire de « mai 68 » pour chercher comment il est possible, et sain de « l’oublier ». L’oublier, ce n’est pas le considérer comme n’ayant jamais eu lieu, comme disparu, mais c’est comprendre que « l’héritage impossible » de mai 68 est pour les générations suivantes, « intraduisible ».
Oublier, l’événement, c’est, au sens de Nietzsche, le tenir pour « inactuel » ou « intempestif » . Comment faire passer un souvenir entre la génération contemporaine des événements culturels et de leur « lecture » marxiste-léniniste, vécus dans un enthousiasme surpris de lui-même, à travers la transgression et la libération de la parole et celle qui n’a pas connu l’événement mais qui en a une image mythifiée et se sent le devoir de garder une mémoire glorifiée en comparaison d’un présent désabusé, désenchanté, vécu comme dérisoire ?
N’est-ce pas de la faculté d’oubli que nous aurions besoin, plus que d’une mémoire impossible et intraduisible, ? Entretenir l’héritage de 68, n’est-ce pas être capable de construire un futur libéré de trop d’histoire (et de trop d’histoires) mais porteur du processus de libération jailli en 68 ?
Comme le répète dans les medias Daniel Cohn-Bendit lui-même , « mai 68, c’est fini ! on ne va quand même pas recommencer 14-18 ! » Il s’agit, au fond, moins de recommencer que de commencer à oublier ce qui se répète pour faire émerger ce qui ne se dit pas encore, l’impensé 68.
Brice de Villers
Brice de Villers, philosophe, a travaillé sur les politiques d'éducation artistiques et culturelles au Ministère de la Culture.
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